Carla Bonnefoi-Bollache
De Rome à Sainte-Maxime. Avec, entre les deux, dix-sept ans à la tête d'une galerie lyonnaise. Voici le parcours d'une peintre qui a d'abord appris à regarder les tableaux des autres.
Rome, l'enfance et le dessin
Carla Bonnefoi-Bollache naît Del Francia, à Rome. Elle dessine depuis l'enfance, sur tout ce qui traîne, et ses professeurs l'encouragent très tôt. Autour d'elle, l'art n'est pas une sortie du dimanche : c'est le décor de la rue, celui devant lequel on passe pour aller acheter du pain. Un enfant y apprend une chose avant même de savoir la nommer. La lumière fabrique les formes. Une façade ocre à midi n'a rien à voir avec la même façade à dix-huit heures, et pourtant c'est le même mur.
Cette éducation du regard précède de plusieurs décennies la première toile sérieuse. Pendant longtemps, le dessin reste d'ailleurs une pratique privée.
1970 : la publicité comme première école
En 1970, Carla crée sa propre agence de publicité. Le détail compte plus qu'il n'y paraît. La publicité enseigne en effet trois réflexes. D'abord, cadrer serré. Ensuite, hiérarchiser l'information. Enfin, supprimer tout ce qui n'est pas indispensable. Beaucoup de peintres apprennent à ajouter. Elle a d'abord appris à retirer.
Cette période forge aussi un rapport très concret à la couleur. Une affiche doit fonctionner à distance, immédiatement, sans explication. Ses marines du Golfe de Saint-Tropez fonctionnent exactement ainsi, quarante ans plus tard.
Les Beaux-Arts et l'Académie Torrijos
Suivent trois années de Beaux-Arts. Puis une année de spécialisation en expertise de peinture contemporaine, à l'Académie Torrijos de Lyon. Là, quelque chose d'inhabituel se joue. Carla ne se forme pas seulement à peindre. Elle se forme à juger. Elle apprend à reconnaître une main, une époque, une technique, un repentir sous une couche.
Cette formation sert aujourd'hui directement son travail de restauration de tableaux dans le Var. Diagnostiquer un tableau demande exactement les mêmes réflexes.
1980-1990 : les premières expositions
Ses premières expositions couvrent la décennie 1980-1990. Elles restent surtout impressionnistes. Les œuvres, à l'huile et à l'acrylique, trouvent vite un public averti. Les lieux sont lyonnais : le Café des Arts à Villeurbanne dès 1976, puis la Galerie Terre de Sienne, la Galerie Saint-Luc et la Galerie La Valdière. La presse locale suit, notamment Le Progrès en 1986.
Le métier s'installe alors. La matière, d'abord : Carla apprend ce qu'une couche supporte, combien de temps elle met à sécher, comment elle réagit sous une autre. Le rapport au motif, ensuite : elle cesse de chercher des sujets remarquables et commence à peindre ce qu'elle a sous les yeux. La constance, enfin, qui reste le plus difficile. Peindre régulièrement, même sans idée, même sans envie.
Ces années lyonnaises comptent aussi pour une autre raison. Elles lui font rencontrer le public. Vendre une toile change la relation qu'un peintre entretient avec son travail : l'œuvre quitte l'atelier, elle vit ailleurs, chez quelqu'un. Carla découvre alors qu'un tableau ne lui appartient plus vraiment une fois accroché.
C'est cette période qui décide de la suite. À force de fréquenter les galeries comme exposante, elle observe ce qui fonctionne et ce qui ne fonctionne pas dans leur façon de défendre les artistes. L'idée d'ouvrir la sienne naît précisément là.
Une conviction se forme alors, et ne la quittera plus. Un tableau n'existe pas tant qu'il n'a pas été vu. Tant qu'il reste face au mur dans un atelier, il demeure une intention, pas une œuvre. C'est ce qui la pousse vers la galerie, puis vers l'enseignement, et aujourd'hui encore vers les lieux publics.

1995 : le passage au couteau
À partir de 1995, Carla peint des sujets très divers, à la brosse et au couteau. C'est la rupture majeure de son parcours, et elle ne s'est pas faite sans casse. Le couteau interdit le détail. Il impose de décider, tout de suite, sans filet. Les premières toiles y ont laissé des plumes. Puis quelque chose s'est ouvert : une intensité lumineuse que le pinceau ne lui donnait pas. Le sujet reste pourtant identifiable. Carla l'atteint autrement, par masses, par plans, par contrastes. Voir la galerie des œuvres de Carla bb.
2002 : l'Europe, le Canada, la cotation
En 2002, ses œuvres partent déjà vers l'Europe et le Canada. La même année, Akoun et Art Price la référencent. Ces deux bases font autorité en matière de cotation. Le rapport avec les acheteurs change alors de nature : il existe désormais une trace, un historique, une valeur objectivable.
Aujourd'hui : peindre, restaurer, transmettre
Carla vit et travaille à Sainte-Maxime. Sa galerie occupe l'Immeuble Panoramique, 10 rue Léon Gaumont. Trois activités structurent ses journées.
Elle peint d'abord. Sa démarche actuelle tourne autour des lumières et de la mer de son enfance. Après une série sur les voiles de Saint-Tropez, son travail devient plus graphique. Il reste impressionniste, et toujours au couteau. Depuis 2012, elle explore en plus les résines et les vernis chinois.
Elle restaure ensuite. La restauration de tableaux dans le Var occupe une place devenue centrale. Tableaux anciens, tableaux modernes : vernis jaunis, peintures écaillées, toiles déchirées, cadres fatigués. Les particuliers, les hôtels et les collectionneurs du Var lui confient leurs œuvres.
Elle transmet enfin. Depuis 2024, elle anime l'atelier de peinture de Maxim'Arts, à Sainte-Maxime. Elle y enseigne ce qu'elle a mis quarante ans à comprendre. Elle accompagne par ailleurs les tableaux pour hôtels, restaurants et commerces dans le choix et l'accrochage de leurs œuvres.
Le reste appartient au passé, et le passé a sa page : voir l'historique de l'atelier.
Les expositions
Le parcours d'exposition court de 1976 à 2014, de Villeurbanne au Festival Armen de Saint-Tropez. Il passe par les galeries lyonnaises Terre de Sienne, Saint-Luc et La Valdière, puis par tout le Golfe : Casino Barrière et Salle Portal à Sainte-Maxime, Salle Beau Soleil à Grimaud, Espace Pierre Jaudel à Plan de la Tour, Centre Maurin des Maures à Cogolin.
Voir la liste complète des expositions, année par année, avec les dates de vernissage.
Que fait Carla bb aujourd'hui ?
Trois activités occupent son temps. D'abord, elle peint : marines, nus, portraits, au couteau. Ensuite, elle restaure les tableaux anciens et modernes, ce qui représente aujourd'hui une part importante de son travail. Enfin, elle anime l'atelier de peinture de l'association Maxim'Arts, à Sainte-Maxime. Sa galerie se trouve Immeuble Panoramique, 10 rue Léon Gaumont, 83120 Sainte-Maxime.
Où Carla bb a-t-elle été formée ?
Elle suit d'abord trois années de Beaux-Arts. Ensuite, elle ajoute une année de spécialisation en expertise de peinture contemporaine, à l'Académie Torrijos de Lyon. Cette double formation explique sa méthode : elle analyse avant d'agir. Elle s'appuie dessus chaque jour en restauration de tableaux dans le Var.
Qu'était la Galerie Hermès ?
La Galerie Hermès, Espace International d'Art Contemporain, rue Auguste Comte à Lyon. Carla l'a dirigée pendant dix-sept ans. Elle y a accueilli plus de 150 artistes venus de toute l'Europe. Cette période appartient désormais à l'historique de l'atelier.
Pourquoi avoir quitté Lyon pour le Var ?
Pour la lumière, et pour peindre à plein temps. Diriger une galerie occupe entièrement : on s'occupe du travail des autres. L'installation à Sainte-Maxime marque donc un retour à la peinture. Elle ouvre une nouvelle démarche autour de la mer, visible dans les marines du Golfe de Saint-Tropez.
Ses œuvres sont-elles cotées ?
Oui. Akoun et Art Price les référencent depuis 2002. Ce sont les deux bases de référence pour la cotation des artistes. La même année, ses toiles commencent à partir vers l'Europe et le Canada.
Quel est son nom complet ?
Carla Bonnefoi-Bollache, née Del Francia à Rome. Elle signe ses toiles et son site du nom d'artiste Carla bb.
A-t-elle exercé un autre métier ?
Oui. En 1970, elle crée sa propre agence de publicité. Cette expérience compte. Elle lui apprend à cadrer serré et à supprimer le superflu. On retrouve donc ce réflexe dans ses compositions.
Enseigne-t-elle encore ?
Oui. Depuis 2024, elle anime l'atelier de peinture de Maxim'Arts, à Sainte-Maxime. Auparavant, elle dirigeait l'académie de peinture de l'AVF, une période aujourd'hui close. Le programme actuel figure sur la page cours de peinture à Sainte-Maxime.
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Depuis l'enfance
Rome
Née Del Francia. Une ville où la lumière change les façades quatre fois par jour.
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17 ans
À la tête d'une galerie
La Galerie Hermès, à Lyon. Plus de 150 artistes accueillis, venus de toute l'Europe.
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Depuis 1995
Le couteau
Plus de détail possible. Le geste tombe juste, ou la toile recommence.
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Depuis 2002
Cotée
Référencée sur Akoun et Art Price. Des toiles parties en Europe et au Canada.
Ce que dix-sept ans de galerie enseignent
Diriger un espace d'art contemporain n'a rien de romantique. C'est un métier de décisions répétées. Choisir vingt artistes parmi deux cents. Refuser un travail honnête parce qu'il ne tient pas à côté des autres. Accrocher trois fois une exposition avant de trouver le bon ordre. Expliquer à un visiteur pourquoi cette toile coûte ce prix. Ces années ont formé le regard plus sûrement que n'importe quel diplôme.
Elles ont aussi enseigné une chose que les peintres oublient volontiers. Une œuvre n'existe vraiment qu'une fois vue. Un tableau resté à l'atelier n'est pas encore un tableau. Voilà pourquoi l'exposition et la transmission occupent encore une place importante dans son activité.
Une collection volontairement large
Marines, nus, paysages, vies silencieuses, portraits, sujets animaliers. La collection refuse la spécialisation, alors que le marché la récompense. Ce choix repose sur une conviction simple. La peinture ne porte pas sur des sujets, mais sur la lumière. Or la lumière se vérifie en changeant de motif. Un peintre qui ne peint qu'une seule chose finit par peindre son style, plus ce qu'il voit.
Les toiles récentes prolongent cette logique. Carla y explore les résines et les vernis chinois, qui modifient la réflexion de la surface. La démarche ne change pas : chercher ce que fait la lumière quand on modifie ses conditions.
Pourquoi la restauration a pris cette place
Rien ne prédestinait une peintre à passer autant de temps sur les toiles des autres. Deux raisons expliquent pourtant ce basculement. La première tient au territoire. Le Golfe de Saint-Tropez compte des centaines de maisons anciennes, d'hôtels et de collections privées. Or le sel, l'humidité et le soleil y fatiguent les tableaux plus vite qu'ailleurs. Personne n'exerçait ce métier sur place. Les propriétaires devaient descendre à Fréjus, voire plus loin.
La seconde raison tient à la compétence. Restaurer suppose de savoir comment une couche a été construite. Carla peint depuis quarante ans, au couteau et à l'acrylique. Elle sait donc ce qu'une matière supporte et ce qu'elle refuse. Sa formation d'expert lui apprend en plus à dater, à reconnaître un repeint et à lire un dos de châssis. Peu de parcours réunissent ces deux moitiés.
Peindre et restaurer : deux gestes opposés
Les deux activités se nourrissent, mais elles ne se ressemblent pas. Peindre demande de décider vite et de ne pas revenir en arrière. Restaurer demande l'inverse : de la patience, des tests, et l'acceptation de ne rien faire quand rien n'est nécessaire. Carla dit souvent que la restauration lui a appris la retenue. Ses toiles récentes s'en ressentent : moins de passages, plus de silence.
L'inverse joue aussi. Un restaurateur qui peint comprend mieux l'intention d'un tableau. Il devine pourquoi l'artiste a laissé une zone brute, ou pourquoi un empâtement déborde. Il évite donc l'erreur classique : corriger ce qui n'était pas un défaut. Beaucoup de toiles anciennes portent les traces de restaurateurs trop zélés, qui ont lissé ce que le peintre avait voulu rugueux.








